" Un jour sans " dans "Chroniques du tram "



 

 

 

Un jours sans...


" Bon alors, la semaine dernière, il ne faisait pas aussi beau que ce que nous avons là.

Il faisait un temps de chien et même un froid de canard, temps à chair de poule même bien emmitouflé alors qu'on était déjà en plein mois d'avril. C'était un temps à ne pas mettre un chat dehors... La semaine dernière, j'étais fatiguée. Une des ces fatigues pré-printanières au sortir de l'hiver quand on attend les vacances avec impatience, sachant qu'on doit travailler encore un bon moment avant de passer à cette période de loisir et qu'on vient de terminer sa cure d'oligo-éléments, inefficace contre la déprime de saison, que le coiffeur s'est encore trompé dans votre coupe, que vous avez remisé votre garde robe d'hiver alors qu'il recommence à faire très froid... bref, tout allait mal en plus des impôts qui n'allaient pas tarder. C'était un jour sans aurait dit ma grand-mère. Un jour sans joie, sans énergie, sans vitalité, voire sans but excepté celui de fournir un travail à peu près décent par pure éthique professionnelle.

Réveillée en retard, partie en retard, je me suis garée à un endroit inhabituel. Je gare toujours ma voiture à proximité du tramway. Le trajet total dure 25 minutes porte à porte. Evidemment, ce matin-là, le tram arriva au bout de l'avenue quand j'arrivai. Pour être sûre de l'attraper, je remisai ma voiture le plus près possible des rails, dans une rue étroite – le créneau fut difficile... - et je courus autant que faire se peut pour monter dedans. C'était la chose que j'allais le mieux réussir dans la journée...

Le travail se révéla exténuant, plus encore d'ordinaire. J'avoue que lorsque je pus échapper à cette cadence infernale et à ces salles pleine de bruit, de conversations et d'élèves, je me sentis mieux.
Je pris donc le tramway pour récupérer mon véhicule. Dans mes pensées et enfermée dans la migraine qui ne me quittait pas depuis quelques heures, je me souvins m'être garée à un autre endroit. Je descendis donc à la station correspondante ou du moins, c'est ce que je pensais...

Là, je cherchai un bon moment... Tout de même, mon Opel Corsa, un vieil engin des années 90 est vite repérable : cabossée latéralement, sale... Mais non, pas moyen de la retrouver. Et j'eus une illumination : « Grande nouille ! me dis-je en m'apostrophant généreusement. Ce n'est pas là ! C'est là-bas ! » Eh oui ! Beaucoup plus loin en fait ! Qu'à cela ne tienne, j'avais une petite marche de quinze minutes à faire, ça allait me permettre de m'oxygéner un peu. Je partis aussitôt dans le sens inverse en longeant le trottoir du tram. Peut-être arriverai-je à monter dans le prochain s'il arrivait avant la fin de mon trajet. J'aurais bien aimé qu'il arrive, me dis-je, au bout de quelques pas... Il faut dire que j'étais chargée comme une mule : je trimballe livres et cahiers, c'est toujours assez lourd. Et comme je levais les yeux vers le panonceau clignotant qui indique son heure d'arrivée, je vis qu'il y avait des incidents techniques sur la ligne... Ca arrive souvent … mais là, ce n'était pas de bol. Le tramway fonctionnait dans un sens … mais pas dans l'autre... l'autre sens était bien entendu la voie sur laquelle je me trouvais...

Il faisait froid, j'avais oublié mon écharpe dans le tourmente du matin, le ciel se couvrait encore...
Mon chargement était lourd, j'étais lasse et je m'accusai d'être une telle tête de linotte dans des circonstances pareilles...

Forcément, comme il arrive toujours dans ces moments-là, il se mit à pleuvoir : un petit grain glacé tout au début très vite devenu une averse diluvienne et gelée... Dès les premiers instants de cette nouvelle catastrophe (eh oui ! j'étais allée chez le coiffeur la veille!), je cherchai mon parapluie, à genoux par terre parce que je ne pouvais pas, en tenant un cartable et un sac en bandoulière (le plus lourd) chercher dans mon troisième sac (à main celui-ci), le fameux engin.
Que pensez-vous qu'il arriva ?

Eh bien... je venais d'oublier mon parapluie dans le tramway par lequel j'étais venue...
Alors, dégoulinante, glacée, épuisée, je finis par regagner mon véhicule, garée dans une rue étroite, celle-là même dont je ne m'étais pas souvenue à temps !... Bien entendu, mon rétroviseur avait été arraché par un véhicule peu scrupuleux qui l'avait croisé là. Après tout, vu la journée, pourquoi s'étonner de ce nouvel incident ?... Il fallut donc que je m'aventure à le rechercher dans toute l'impasse (il pleuvait toujours bien sûr ! Sinon, ce n'est pas drôle !...). Je retrouvai mon rétroviseur, à l'agonie, dans un caniveau en crue... inutilisable.
A bout de forces, je montai (enfin !) dans mon véhicule et rentrai chez moi. Je mis un peu de temps.. Pas facile de circuler quand il manque un organe vital de vision à votre véhicule surtout dans une ville où il y a énormément de pistes cyclables et de double-rond points carrés...

C'est un soir où je pris un potage, deux Doliprane, un bain chaud et me couchai avant même la tombée de la nuit... espérant bien que cette hygiène du soir m'amènerait vers une journée plus chanceuse le lendemain... Un jour avec... comme aurait dit ma grand-mère... ! »

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