THANATOS

Texte à paraître dans la revue littéraire : "La Piscine" en septembre 2017 !

Je dois dire que je n'aime pas beaucoup ce texte-là... Cette histoire de serial-killer, ce n'est pas du tout mon registre mais je l'ai écrit dans le cadre d'un appel à textes publié par la revue "La Piscine " dont le thème était : Incidences et coïncidences. Et il a été retenu par la rédaction :)

Bonne lecture !

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THANATOS

 




Je sais ce que j'ai : j'ai besoin.
Un désir irrépressible m'assaille depuis quelques jours. Soif de peau lisse qu'on massacre, de chair qu'on immole, de veines qu'on taillade, de rires frais qu'on fait taire. Je me repais de la mort et la mort me donne envie de mourir, de sombrer à mon tour dans son immense vertige, d'arrêter. Mais je ne peux pas. Je prends la vie comme un Dieu. Je suis enfant du Diable.
Je sais qui je suis, je le sais trop bien.


Margit a fini par partir. Quand je lui faisais l'amour, j'avais envie de la tuer. Elle avait peur. Elle a fini par partir. L'enfant qu'elle a eue de moi a été élevée par sa famille, ils avaient peur eux aussi. Ils avaient dit : « Tant qu'il sera pas soigné. Après, la petite, on vous la rendra. » Mais Liza n'est jamais revenue. J'aurais arrêté si la petite était revenue, on aurait eu une vie normale je crois. Margit disait : « Arrête de me regarder avec ton regard de bête ! » Elle avait peur. Mais je ne lui aurais jamais rien fait. Margit était déjà vieillie, désenchantée de notre union et malheureuse. Je n'avais rien à lui prendre. Moi, je suis un prédateur.


Train voiture 5, je suis assis à droite, contre la vitre, comme toujours. En face de moi, une femme jeune se tient de profil, regarde défiler le paysage, un petit sourire aux lèvres. J'observe à son insu la mèche qui ondule sur sa nuque, le velouté de sa joue poudrée, ses cils courbés, le galbe parfait de sa poitrine ronde, sa cuisse ferme sous un bas transparent. Elle a l'air grande. Elle est jeune. J'ai besoin.
Moi, c'est le regard qui me décide. J'aime faire peur. Un regard indifférent me laisse de marbre. Un regard interrogatif m'enflamme. Je suppose que mes victimes voient en moi un homme élégant, au regard froid mais aux manières courtoises. J'aime quand elles s'inquiètent. Jamais au début. Je les invite, je les promène, je les flatte. Puis je les tue. 


Celle-ci... quel âge a-t-elle ? 17 ? 18 ans ? Sourit-t-elle, songeuse, à un amoureux languissant ? Elle n'a pas pas encore tourné la tête. J'exulte intérieurement, mon sang bout et c'est frénétique, que j'attends son regard. Ca a commencé, je ne peux plus arrêter. C'est une ivresse sans nom dans la vie d'un homme que de défaire l'existence, la merveilleuse machinerie humaine, d'arrêter d'un coup la magie de la vie, l'entendre s'écouler doucement et pour toujours dans une immense rigole de sève encore rouge. C'est mon pouvoir, ma toute-puissance.


Quand je l'aurai charmée, j'attendrai la nuit. Après m'être lavé les mains, avoir enfilé mes gants, baisé l'arme sacrificielle, je la tuerai. Dans une apothéose de sang et dans ses derniers râles, voluptueux, je finirai ma nuit anéanti mais saoul, criminel mais souverain, monstrueux mais vivant, malheureux, haïssable.
— Bonjour ! lui dis-je, espérant détourner son attention.
— Salut.
Quel regard !
— Long voyage hein ?
— Ouais. Pas pressée d'façons.
Ce regard...
— Où allez-vous comme ça ? dis-je, un peu décontenancé..
— Chez mes parents. Enfin chez ma mère plutôt.
Ce regard... Quel étrange regard !...
— Ah ? Pas pressée alors ?
— J'ai rien à y faire là-bas. J'y retourne parce qu'elle est malade, moitié folle !...
— Eh bien, c'est honorable ! Et où vit votre mère ?
— A Versans, le bourg.
— Ah, je connais du monde là-bas.
— Ah ouais ?
Ce regard... Quelque chose dans la pupille. Ce regard perçant... L'expression du visage... Ce visage impassible et froid...

Elle reprend :

— Ma mère, vous la connaissez ? Margit Thomson ? Vous la connaissez ?




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Mise en page de la revue "La Piscine " (parution prochaine)


 

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