" Sawadee " dans " Homéotéleutes "



SAWADEE






En vitrine exposé, pièce dépareillée d'un service à thé, il perdure, objet désuet d'une ancienne destinée.
De faïence ternie et craquelures d'orfèvre entre lesquelles brillent des filaments dorés, doré aux bordures et arborant aux pieds, le poinçon hiéroglyphe du faïencier, tombé, recollé, ébréché en tous points, c'est un sucrier.

Une giclure de colle biffe encore la ventrure qui porte la scène et le drapeau d'orient flottant à l'arrière-plan. En premier lieu, une danseuse, lascive et légère, puis une duègne et une autre comparse à l'air affecté, enfin Rangda et Barong, les divinités combattant sur les lieux. Et tandis que ces gens sont en chiens de faïence, il vient comme autre chose: un parfum, des couleurs, une musique étrangère...

Le dessin montre bien les teintes chamarrées des costumes de théâtre, les masques rituels qu'on emploie pour la danse, la forme dragonne d'une tête exorbitée et, tout entière ... alors qu'on soulève le couvercle cassé: une odeur de sucre et d'Asie mélangés, les effluves aquatiques d'une mer lointaine, le souvenir d'une maison, ancienne, de rizières inondées, vallées indochinoises ...

C'est un peu comme une ombre qu'on amène auprès d'elle, un retour marquant effectué en arrière: c'est sa grand-mère; et le drapeau en berne, chuté sur la caserne fait un écho de plus aux souvenirs militaires: c'est son grand-père, prisonnier de guerre. C'est Savannakhet tout entière libérée, 1954 et ses rapatriés.

C'est, sur le quai du retour, une horde de pauvres gens débarquant leurs ballots, leurs enfants et revenant sans argent …

C'est l'accent colonial qu'on entend encore quand, dans une boutique chinoise, le jour des nems, on salue, une main vers le coeur, l'hôtesse bridée par un douceâtre: "Sawadé".





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Sawadee : salutation asiatique

Rangda et Barong : divinités asiatiques très courantes dans l'imagerie asiatique

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