Napperon givré dans " Homéotéleutes "



Napperon givré



C'est un jour de pariade, en été . On piépaille une aubade, un chant matinal dans la haie mal taillée. Une odeur de sang vert qui monte des arbres, une panerée entière des choses de la terre qu'on a ramassées, de nouvelles pousses qui germent et fermentent, embuées des gouttes que laisse la rosée... c'est le cadre idéal pour un très proche été.

D'un chant à un autre, une fenêtre ouverte : ici il y eut le vent, ici il y eut la neige en hiver, en décembre. C'est le même jardin, la même maison au rythme des saisons. Dans l'allée des fushias, foisonnants et fleuris, des bouquets en bouton, une touffée de marguerites ; les poivres frais et neufs des fleurs nouvelles font l'allure floréale d'un tout petit jardin, en pleine cité.

Tout sent bon : les fragrances des fleurs, les prochaines vacances, les bermudas qui sèchent, la sieste méridienne… et les synesthésies mêlent à la lumière des goûts d'été et des langueurs estivales.

En plein cœur de l'allée, un fil transparent , diaphane et tremblant marque la présence d'une belle araignée . Et tout en parallèle, suivant son tissage qui traverse un buisson, on franchit le passage, en pensée, entre deux saisons.

C'est la forme arachnide d'un napperon givré, jouant entre deux troncs, évoquant autre chose...
Des moments de silence, le frimas du matin, des brindilles qui craquent, des pommes de pin glanées un jour de forêt en hiver ; les joues fraîches et rosées, l'haleine embrumée, l'air sec et sain apporté par le froid, les lendemains de fête quand, gorgés de cadeaux et de chocolat, on balade en famille au travers des bois.

Et chacun s'extasie sur la toile d'araignée, ce morceau de dentelle si bien ouvragé qu'on découvre comme ça, au hasard d'un fourré. Pour un peu on oserait la toucher tant la matière naturelle et ornée paraît être un prestige, un don, une merveille innée qu'aucun humain ne sait faire.

Chacun à sa manière renoue avec un arbre, une branche, une bottée de primevères ; conforté par la joie qu'amène la cheminée, tout le monde se rue pour se réchauffer et autour d'un verre, d'une tasse, colorés ou sucrés, on entend :
« Ah c'est bien l'hiver ! Mais vivement l'été ! »

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