" Masque Ngbaka " dans "Homéotéleutes "

 

 

 

 

Masque Ngbaka





« Remarquable, dans sa forme primale, un masque en bois des Ngbakas amène avec lui, tant qu'il est au mur, les bruits et les sons d'un autre pays... : Oubangui-Chari, 1937, Afrique Equatoriale Française... Autre époque, un écho, une trêve...
Dans la zone subsahélienne, climat tropical sec : une savane arbustive, zone de frontière. Le campement est dressé pour mieux surveiller des ethnies excitées. Le caporal, un myrmidon pâle et obséquieux fond sous la fournaise et s'alanguit, bonace, tout en sueur, présageant d'une guerre. En faction donc, tout près d'un village où l'on accueille très bien les Français militaires. On ergote, on marchande, aux indigènes on se mêle.
Le jour, c'est un gouffre de soleil, du plomb en fusion pesant sur les têtes; le soir, c'est la lumière du feu, le rythme scandé des linga ou balafon, xylophon, kalangba : une musique mirifique, des variances parlées et chantées pour une musique à tons. Les instruments parleurs chantent une complainte - un répertoire classique puisé dans la mémoire des gens, fait d'histoires, de légendes, de mythiques serpents - ou alors, c'est le mogbaté, musique funéraire de la région de Lobaye joué sur le tambour en forme de buffle de la tribu des Yangérés.
La subtilité parlée, la polyphonie exotique et suave mêlent au soleil quelque chose de sauvage. C'est le parler tribal, le soleil obsédant...
Et puis aussi une senteur particulière, , du poivre et du musc qui viennent de la peau d'une femme indigène, très jeune et très belle, qui danse et qui parle une langue inconnue, un idiome qu'on babille dès qu'on veut lui répondre dans la meilleure tenue.

Le regard volubile, le sourire prodigue, l'ivoire éclatant de ses jeunes dents, sa gestuelle vivante et la grâce juvénile qui anime ses mouvements... mais aussi la mimique ingénue qu'elle emploie en parlant charment et envoûtent le soldat.
Le front aurifié d'un bijou rutilant, l'odeur épicée des cheveux nattés, un batik généreux et doublement plissé... tout autant d'atours naturels et tactiles qui esquissent une femme, une toute jeune fille...

C'est la peau noire, moirée tout à la fois, attirant la lumière comme ferait une soie diaprée du reflet de ses perles, un creuset de jouvence pris à l'aune du temps, en suspens, d'une fièvre agacée par l'appel des sens, une trêve que fébrile et loin de la France, on voudrait prendre.
Et la chaleur dilue toute résistance: c'est de l'eau, du soleil, une soif de tout et même et surtout d'elle - les sons, la musique que l'on scande, une invite à la danse - peut-être à la suivre. »

Commentaires