" La bague " dans " La Parole aux choses "





LA BAGUE




« Si j’avais à défendre mon droit à être seyante, voici ce que j’avancerais :

Pardonnez ce pédant préambule, emprunté de toute pièce au maître Montesquieu mais il y a, de nos jours, fort à défendre, à propos de la discrimination qu’on fait entre le bijou traditionnel et le bijou fantaisie. Les préjugés sont fort tenaces. Par exemple, on déconsidère le bijou industriel face au bijou d’orfèvre. Quant aux femmes qui les portent, eh bien elles sont classées !
Voici de quelle manière je suis chez elle, arrivée.

J’ai trois semaines. Présentoir mobile, chaîne de magasins. Raffut du diable dans la galerie marchande. C’est la Fête des Mères.

Petite voix criarde s’entend : « Waouh!!! trop belle ! » Trois euros vingt. Une bagatelle pour une femme mariée.
Sa belle-mère, d’un air de componction que donne la soixantaine bourgeoise, s’exclame : « Ah…mais…c’est beaucoup trop jeune pour toi. C’est pour les toutes jeunes filles ! »

Elle, a déjà le mot du retour : « Mais je suis très jeune d’esprit belle-maman. Sous-entendu : « Ce n’est pas comme vous satanée de vieille bique ! »
Echanges de regards acides...

Je suis sa bague de fiançailles avec la vie, a-t-elle décrété sans ambages au mari. Lui, déjà contrit, a rétorqué : « Mais qu’est-ce que tu veux dire ? »
Elle, enjouée : « Mais rien mon chéri ! c’est juste une métaphore parlante ! C'est que je suis ravie ! »

Laissant de côté la métaphore charmante dont la signifiance n’a de sens que pour celle qui l’a formulée et dont le sens échappera toujours à celui qui n’a pas payé, elle joue de son doigt, joue de la lumière qui fait étinceler, en mille petits faisceaux, rougis et colorés, les rubis de sa bague plastifiée. »

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