" Aperlée " dans "Homéotéleutes "




Aperlée










Perles de rocaille joliment assemblées, dessinant des motifs aux reflets irisés que la lumière diamante, accentuant leurs feux : c'était un cadeau pour ses cheveux.
Lissant sa coiffure, en arrière, elle glisse la barrette, se mire de dos autant qu'on peut voir, observe l'effet.

Et, comme certaines fois, se souvenant des choses, ces images qui bousculent les erreurs passées, se ruent dans un miroir comme dans une conscience, elle défait d'un coup sûr, le catogan peigné.

Posant la barrette au bord de l'évier, les yeux fixes, en avant, regardant tout et rien ...
Un souvenir soudain, toxique et délétère se dessine en pensée … Un regard échappé, une bouche qu'on vole …C'est comme une odeur que l'on reconnaît, un sens olfactif que l'on donne à une chose, des mots dans une phrase, du sens dans une vie, des cheveux en bataille, une chambre isolée …
Comme un musc violent ravivant la blessure, bouffée venimeuse et pourtant voluptueuse, du soleil dans un arbre, une fenêtre qu'on ouvre, l'odeur d'un jardin où l'on se repose, une nichée de fushias, les ramages d'un arbre, des rires et du vin …
D'un rien c'est un tout qui, en se déployant, réveille des regrets, des remords incertains, un élan de chagrin qui remonte de loin et qu'il faut laisser...

Saisissant tout à tour un peigne, une pince, un serre-tête en velours, s'évertuant sans succès à divers essayages, elle a, aux yeux, comme des perles de rocaille avivées par le jour.

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