" Allo Syrie? " dans "Chroniques du tram"






ALLO SYRIE ?







Hier, je suis montée dans le tram de la ligne 3. Impossible de s'asseoir, comme d'habitude. Je restai debout, à moitié asphyxiée par un de mes congénères qui avait une odeur particulièrement persistante sous les aisselles : un grand gaillard qui avait au moins une tête et demie de plus que moi mais bon... Je n'avais pas le choix que de rester sous sa malodorante épaule... il n'y avait pas possibilité de bouger. Tout le monde (surtout les voyageurs debout) soupirait : il faisait chaud, c'était la fin de la journée, on n'avait pas de place assise etc...

Une voix nous parvint. C'était un type qui parlait dans son téléphone. Il parlait très fort et de façon très animée. C'était difficile de ne pas entendre. Personne n'écoutait vraiment et même cherchait à éviter cette conversation si sonore. C'est vrai : rentrer du travail dans un tramway bondé, entassé comme des sardines, ça ne rend pas spécialement tolérant...

L'individu faisait des « Oh « et des « Ah » et des « Ta race » et puis aussi « Ta mère » à tout bout de champ. On ne savait pas de quoi il parlait mais ça n'avait pas l'air très drôle. Du reste, le ton est monté progressivement. En effet, ce qui s'apparentait au début à une banale conversation entre deux copains avait l'air de virer à la diatribe politico-sociale contre le gouvernement français. On se regardait tous un peu gênés... Le type gueulait vraiment fort dans son téléphone à présent. Ca créait une sorte d'angoisse diffuse... On voit tellement de faits divers affreux dans les journaux... C'est curieux comme un groupe d'inconnus se sentant menacé devient soudé en quelques secondes dès lors qu'il pressent un danger...
Pour finir, le type du téléphone a crié : « Ah bah si ça continue comme ça, je vais me casser en Syrie moi ! Je vais m'engager frère ! Commence tous à me faire chier ! »

Eh bien croyez-moi... ! Comme tous les autres voyageurs, je me suis resserrée autant que faire se peut sous l'aisselle tutélaire de mon compagnon de voyage. Ca sentait fort certes mais l'instinct grégaire a fait que je lui étais, à cet instant précis, très reconnaissante d'être là !
Le type qui voulait s'engager en Syrie est descendu à l'arrêt d'après. Quelle veine ! On s'est tous regardés, on a tous soupiré d'aise et tout le monde s'est souri et échangé des commentaires sur le gus en question... C'était chouette !

A 6 heures du soir, exténués par une journée de travail, parfumés à l'ail des aisselles des plus besogneux, brimbalés par un tramway surchargé, on peut faire des expériences collectives vraiment intéressantes !

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