ACCUSEE AUBETTE !



J'avais rédigé ce texte pour un jeu d'écriture dont le sujet était :

" Vous êtes un Abribus..." :)

 

ACCUSEE AUBETTE !

 

 

 

Accusée Aubette levez-vous ! hurla le juge dans l'austère tribunal parisien.
A la manière d'Arletty dans «
L'Hôtel du nord », je répondis indigné:
— Une aubette, une aubette ! Est-ce que j'ai une tête d'aubette de bus?
— Tenez-vous je vous prie ! Qu'avez-vous à dire pour votre défense ?
— Je me nomme Abribus, A majuscule Monsieur le Juge.
— Déclamez votre identité !
— Pardonnez ce pédant préambule mais je suis une marque déposée par l'entreprise JC Decaux (société lyonnaise) et adoptée par les collectivités territoriales de France depuis 1964 !... Lundi 18 janvier 2016, la maire de Paris et JC Decaux ont inauguré les Abribus nouvelle génération: design, modernes, écologiques, intelligents et… connectés. « Une révolution informatique qui va transformer la capitale » disait le journal ! Balivernes !
J'éclatai alors d'un rire gras. .
— Accusé ! Tenez-vous ! C'est intolérable ! Et le maillet de la présidence résonna dans l'air comme un coup de tonnerre !
— Mais de quoi m'accuse-t-on vraiment ?
— D'être resté de Plexiglas ! cria le juge, en colère. D'être resté de Plexiglas à l'époque de l'hyperconnexion des aubettes de bus Decaux !…
Et cette réplique fendit l'air comme un couteau !
— Mais Monsieur le Juge, cette expérimentation récente est désastreuse !
— Vous fonctionnez mal, vous fonctionnez mal ! éructa le juge apoplectique. Et cette réplique tonna dans l'air tel un anathème papal !...
— Monsieur le Juge, il faudrait commencer par faire des abris qui abritent... avant de les équiper d'un système informatique aussi aléatoire et anarchique que la RATP !... Voici ce qu'en disait la presse lundi dernier: « Ces abribus, conçus par la société Sopact, filiale de JCDecaux, ont tout pour faire rêver : affichage lumineux avec éclairage photosensible, port USB pour recharger son portable, écrans tactiles informatifs, toiture photovoltaïque, plan de quartier innovant, orienté dans le sens de la rue pour une lecture intuitive ! ".
Mais voici ce qu'en disaient encore hier, place de la Bastille, quelques témoins :
— « Il pleut, on se prend toute la flotte sur la figure et sur les pieds ! " dit un homme à la carrure de maçon portugais, assis d'une demi-fesse sur le banc. Sa voisine, coincée contre le panneau publicitaire qui vantait bodys dévergondés et Wonderbra dentelé tentait de trouver un coin abrité : " Tout l’air passe. On se gèle ! "
Madame Hidalgo ne prend pas le bus tous les matins n'est-ce pas monsieur le Juge ? Le digital c'est le dada des politiciens ! Mais attendre un bus à l'heure, sans être mouillé, c'est le problème quotidien des citoyens !
— Vous remettez donc en cause une action municipale votée par le conseil général, régional et même national ? Le bien-fondé des réformes étatiques pour le bien général de la collectivité ? Son sourire était narquois, son sourcil haut, son œil torve.
— Mais Monsieur le Juge, les usagers !...
— Vous n'étiez pas connectée ! Vous n'étiez pas connectée quand on vous a localisée !
— C'est rigolo, dis-je. L'autre jour, des touristes roumains cherchaient "Noutre Dameu" sur l'écran tactile ultra-perfectionné. Ils ont essayé... et n’ont pas trouvé... !
— Accusée Aubette ! Vous êtes condamnée au progrès technologique à perpétuité ! vociféra le juge, démonté !
— Abribus Monsieur le Juge !

Et sur l'air de «
Chacun fait fait fait / ce qu'il lui plait plait plait...» je quittai la salle en sifflotant :

« Abribus bus bus ! C'est bien plus plus plus ! Qu'une aubette bête bête ! S'pèce de minus nus nus ! »





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